Le Maroc accélère la mise en œuvre de sa feuille de route « Maroc IA 2030 » et dévoile de nouveaux dispositifs au service d’une intelligence artificielle souveraine

Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration a présenté, mardi à Rabat, sous l’impulsion de Mme Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du Chef du Gouvernement chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, les principales avancées de la feuille de route « Maroc IA 2030 », ainsi qu’un ensemble de dispositifs et de solutions concrètes traduisant l’entrée de la stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle dans une nouvelle phase de mise en œuvre.
Cette dynamique s’inscrit dans le prolongement des Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’Assiste, qui a souligné l’importance de l’investissement dans l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies et les énergies renouvelables comme leviers de développement et de transition vers des modèles économiques durables. Elle s’inscrit également dans la stratégie « Digital Morocco 2030 », structurée autour de deux axes, la digitalisation des services publics et la dynamisation de l’économie numérique, soutenus par quatre catalyseurs : les talents et expertises numériques, le cloud hybride, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et l’IoT, ainsi que la connectivité généralisée.
Des Assises nationales de l’IA à une feuille de route opérationnelle
La feuille de route « Maroc IA 2030 » prolonge la dynamique initiée lors des Assises nationales de l’intelligence artificielle, organisées à Rabat les 1er et 2 juillet 2025 sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’Assiste. Ce rendez-vous, qui avait réuni plus de 2 500 participants, représentants gouvernementaux et institutionnels, experts internationaux, startups, universitaires ainsi qu’acteurs publics et privés, avait constitué une étape fondatrice dans la formalisation d’une vision nationale de l’intelligence artificielle.
L’ambition affichée est de positionner le Maroc comme un futur hub d’excellence pour l’IA et les sciences des données, sur la base de principes associant confiance, éthique, infrastructures souveraines, financement, renforcement du capital humain, recherche et développement, innovation, inclusion sociale, coopération internationale et rayonnement régional et international.
À l’horizon 2030, trois objectifs majeurs sont fixés : générer 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée au PIB, créer 50 000 emplois directs et indirects et assurer la formation et la certification de 200 000 talents, avec une initiation à l’intelligence artificielle dès l’enfance.
Cette feuille de route repose sur trois grands socles et dix programmes structurants : les fondements de la souveraineté et de la confiance ; les moteurs d’innovation et de compétitivité ; et l’impact, l’adoption et le rayonnement. Ils couvrent notamment le cadre de confiance et la régulation, les infrastructures, les plateformes numériques mutualisées, les modèles de langage nationaux, le développement du capital humain, le financement de l’écosystème DeepTech, le développement territorial de l’innovation, la coopération internationale, le pilotage de la performance et la conduite du changement.
Construire les fondations d’une souveraineté numérique
Le premier pilier porte sur la constitution d’un socle de souveraineté et de confiance permettant au Royaume de maîtriser les infrastructures, les données et les outils nécessaires au développement de l’intelligence artificielle.
Parmi les chantiers figurent le Digital X.0, un cadre national d’intelligence artificielle responsable articulant réglementation, éthique, sécurité et respect des droits fondamentaux, ainsi que l’interopérabilité et l’identité numérique, avec l’objectif d’harmoniser les systèmes d’information et de progresser vers une plateforme intégrée au service des citoyens.
Cette ambition repose également sur un renforcement considérable des infrastructures numériques. Le document prévoit un portefeuille susceptible de porter la capacité nationale des data centers à près de 1 GW, avec notamment un méga-campus de data centers verts à Dakhla, pouvant atteindre environ 500 MW, et un data center de 50 MW associé à un cloud souverain à Rabat. La stratégie comprend également l’extension du data center de Benguérir et un programme « Move to Cloud » destiné aux administrations publiques.
Le campus de Dakhla est envisagé dans le cadre de la Vision Atlantique impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, avec l’ambition de faire de la façade atlantique du Royaume un espace de connectivité, de développement et d’ouverture sur l’Afrique. Implanté sur une superficie d’environ 100 hectares, il est appelé à être alimenté à 100 % par les énergies renouvelables, avec un déploiement progressif de sa capacité.
La connectivité constitue l’autre composante de cette infrastructure : le document fait état de 99,63 % de couverture 4G en 2024, d’un objectif de 70 % de couverture 5G à l’horizon 2030, de plus de 41,2 millions d’abonnés Internet, ainsi que d’une progression du nombre de foyers éligibles à la fibre, de 1,5 million en 2022 à 4,4 millions en 2026, avec une cible de 5,6 millions en 2030.
À ces infrastructures s’ajoutent deux briques mutualisées : une Data Factory nationale, destinée à centraliser la collecte, la structuration et l’ingénierie des données massives, notamment pour leur anonymisation, leur classification et leur mise au format exploitable par les modèles d’IA ; et une Forge logicielle nationale, conçue pour mutualiser les codes sources et les composants logiciels réutilisables entre administrations, favoriser l’interopérabilité et réduire les coûts et délais de développement.
Le réseau JAZARI, bras opérationnel de la recherche et de l’innovation en IA
La mise en œuvre de cette ambition s’appuie notamment sur le Réseau national des Instituts JAZARI, conçu comme un réseau d’instituts d’excellence ancrés dans les douze régions du Royaume et fonctionnant selon une gouvernance à deux niveaux.
Au niveau national, JAZARI ROOT assure le pilotage stratégique, la coordination du réseau, la mobilisation des ressources et des partenariats ainsi que sa viabilité économique. Au niveau territorial, la gouvernance repose sur la co-construction avec les universités, les autorités locales, les acteurs économiques, les services déconcentrés, les centres de recherche et les infrastructures technologiques et industrielles existantes.
Quatre Instituts constituent les premières composantes de ce réseau : JAZARI ROOT, JAZARI Smart City, JAZARI EduTech et JAZARI Industrie X.0.
JAZARI ROOT est appelé à jouer le rôle de centre névralgique et de fabrique de composants technologiques horizontaux réutilisables. Six capacités transversales sont identifiées : technologies linguistiques souveraines pour l’arabe, le français, la darija et l’amazigh ; intelligence documentaire ; assistants IA métiers ; traitement intelligent des demandes ; technologies de protection de la confidentialité, notamment l’anonymisation et la pseudonymisation ; et dispositifs d’évaluation des systèmes d’intelligence artificielle adaptés au contexte marocain.
JAZARI Smart City développera des capacités de R&D et d’expérimentation destinées aux villes et territoires : intelligence territoriale et données urbaines, Urban Living Labs, systèmes d’information géographique avancés et jumeaux numériques, plateformes urbaines interopérables, habitat et urbanisme intelligents ainsi que solutions pour la durabilité et la résilience territoriale. Chaque programme est appelé à produire des actifs réutilisables, notamment des datasets, API, modèles et composants numériques.
JAZARI Industrie X.0 doit, pour sa part, faciliter le passage de la R&D à la production industrielle, autour de l’intelligence artificielle industrielle, de la vision, de la robotique avancée, de l’automatisation, de l’Industrial IoT, des jumeaux numériques, de la donnée industrielle, de la maintenance prédictive, de l’efficacité énergétique et du transfert technologique. Sa finalité est de transformer les capacités de recherche en technologies testées, documentées et directement déployables dans le tissu industriel marocain.
Enfin, JAZARI EduTech est centré sur l’apprentissage et l’impact pédagogique. Il couvre notamment l’apprentissage adaptatif, l’analyse des données d’apprentissage, la détection précoce des difficultés et du décrochage, l’évaluation assistée par l’IA, les assistants destinés aux enseignants et les technologies d’accessibilité telles que le speech-to-text et le text-to-speech.
Faire du capital humain et des territoires des moteurs de l’IA
Le développement du capital humain constitue un autre axe majeur de la feuille de route. Les dispositifs présentés couvrent la formation initiale, la certification, l’upskilling, la recherche doctorale et la sensibilisation des plus jeunes.
Le document fait notamment état de 22 779 étudiants dans les filières digitales en 2025, de 549 programmes accrédités, de 9 374 inscrits dans des formations certifiantes Oracle et de 2 326 certifications déjà délivrées. Le programme JobInTech vise, pour sa part, 15 000 apprenants sur trois ans, tandis que l’objectif national fixé à 2030 est d’atteindre 100 000 nouveaux talents du digital par an, notamment dans l’IA, la cybersécurité, le cloud, la data, le développement et l’IoT.
Plusieurs programmes viennent compléter cette architecture : PASS pour le soutien à la recherche doctorale, avec 550 bourses prévues d’ici 2027 ; le programme destiné aux jeunes sportifs avec une cible de 200 000 bénéficiaires de la FRMF ; l’ENIAD comme pôle d’excellence en IA, robotique et cybersécurité ; AI Master Junior destiné aux enfants ; et AI & IoT Generation, qui prévoit la formation de 1 200 jeunes par an dès 2026.
La dimension territoriale est également centrale. Le programme RamadanIA, déployé dans les douze régions du Royaume, a mobilisé des jeunes, étudiants, entrepreneurs et talents locaux autour de problématiques concrètes des territoires, avec environ 40 projets accompagnés par région et près de 170 projets finalistes régionaux. Cette dynamique a été prolongée par RallyIA Future Lab, qui a réuni à Merzouga près de 1 000 jeunes issus de différentes régions dans un environnement de formation, d’expérimentation et de prototypage, afin de faire de la jeunesse non seulement une utilisatrice, mais également une conceptrice des solutions d’intelligence artificielle.
Des modèles linguistiques adaptés au contexte marocain
La feuille de route prévoit également le développement d’un LLM souverain maîtrisant la darija, l’amazigh et le contexte marocain, destiné notamment à constituer un socle pour les interactions entre l’administration et les citoyens dans les langues locales.
Cette orientation linguistique rejoint une ambition plus large d’inclusion numérique : rendre les technologies et les services numériques accessibles sur l’ensemble du territoire et réduire les fractures liées à la langue, à la localisation ou à la maîtrise des outils numériques.
Une Marketplace souveraine de solutions IA
Parallèlement aux infrastructures et aux institutions, le ministère a présenté une Marketplace souveraine de l’intelligence artificielle, conçue comme un espace unique permettant d’accéder à des solutions d’IA « utiles, simples, sécurisées et de confiance », dans un environnement où les données sont protégées et l’infrastructure maîtrisée au Maroc.
Parmi les premières solutions figure Idarati AI, un assistant IA agentique destiné à informer, orienter et accompagner les usagers dans leurs démarches administratives. Il repose sur une connaissance administrative structurée et interconnectée, permettant de relier les procédures, d’accompagner l’usager étape par étape et d’identifier les parcours administratifs susceptibles d’être simplifiés.
Le Sovereign Meeting Assistant constitue une autre brique de cette offre. Cette solution souveraine de transcription et d’analyse audio s’appuie sur un modèle propriétaire issu d’un travail de R&D et d’entraînement intensif sur GPU. Multilingue, elle est conçue pour transcrire l’arabe, le français et la darija spontanée et générer automatiquement des comptes rendus et rapports structurés.
La Sovereign Document Suite propose, quant à elle, un environnement souverain et sécurisé pour le traitement quotidien des documents : organisation des PDF, fusion, division et réorganisation de pages, conversion entre PDF, Word, Excel, PowerPoint, images, HTML, Markdown et PDF/A, compression et optimisation des fichiers ainsi qu’OCR permettant de rendre les documents scannés et les images recherchables et exploitables.
Dans le domaine juridique, Legal AI et Bulletin Officiel Search s’appuient sur des corpus structurés et enrichis afin de faciliter l’accès aux textes juridiques et réglementaires marocains. Le moteur Bulletin Officiel Search porte déjà sur près de 400 000 pages OCRisées, rendues consultables grâce à un moteur de recherche intelligent, tandis que la prise en compte de la dimension temporelle permet de relier les différentes versions des textes et leurs évolutions.
Cette Marketplace a vocation à s’enrichir progressivement avec de nouvelles solutions, dont Entrepreneur AI, destiné à orienter les entrepreneurs dans leurs démarches, les questions juridiques, les mécanismes de financement et les dispositifs d’accompagnement ; Adala Search, moteur de recherche sémantique appliqué aux documents juridiques de la plateforme Adala ; et Fonction Publique AI, destiné à faciliter la recherche et la compréhension des lois, décrets et références relatifs à la fonction publique.
Une méta-application et un e-wallet national
La présentation a également porté sur un Proof of Concept (POC) de la méta-application et du e-wallet national, autre composante de la transformation numérique des services destinés aux citoyens.
Cette démarche s’inscrit dans la perspective d’une administration davantage intégrée et interopérable, capable de simplifier les interactions avec les usagers et de faire évoluer progressivement les services publics vers une logique centrée sur les parcours et les besoins du citoyen.
Vers une administration proactive et une économie productrice d’IA
À travers « Maroc IA 2030 », le Royaume entend dépasser une logique de simple adoption technologique pour construire une capacité nationale de production, de maîtrise et de diffusion de l’intelligence artificielle.
La vision présentée repose ainsi sur trois finalités complémentaires : une économie productrice et souveraine, capable de faire émerger des champions nationaux parmi les startups et les industriels ; un État efficace au service du citoyen, évoluant vers une administration proactive selon le principe du « once and only » et utilisant l’IA pour réduire les fractures territoriales, notamment dans la santé et l’éducation ; et un leadership régional affirmé, positionnant le Maroc comme hub régional du digital et comme pont entre l’Afrique et le monde arabe.
Une coopération internationale au service des capacités nationales
La souveraineté numérique est envisagée dans une logique d’ouverture et de connexion avec les principaux écosystèmes technologiques mondiaux.
Le document met notamment en avant le Centre d’Innovation Nokia à Rabat, l’Orange Business Centre de compétences Data & IA, les centres R&D Oracle de Casablanca et Agadir, le Mistral AI R&D Lab à Rabat, le Centre IA & Data de Onepoint à Casablanca ainsi que le Dialogue politique numérique Maroc-Union européenne.
La coopération internationale s’appuie également sur le D4SD Hub – Digital for Sustainable Development Hub, développé en collaboration avec le PNUD, avec l’ambition de positionner le Maroc comme hub digital régional d’excellence en intelligence artificielle et sciences des données, ainsi que sur le développement du concept de Data Embassy et de la diplomatie numérique.
Ouvrage « À la conquête d’une souveraineté numérique – 70 ans après »
Cette vision a également été mise en perspective à travers la présentation du Livre Rose, « À la conquête d’une souveraineté numérique – 70 ans après, 1956-2026 ».
L’ouvrage met en parallèle deux trajectoires commencées en 1956 : celle du Royaume du Maroc, qui retrouve son indépendance et engage la construction de son avenir, et celle de l’intelligence artificielle, dont le champ de recherche reçoit cette même année son nom lors de la conférence de Dartmouth. Deux trajectoires reliées dans l’ouvrage par une même quête : celle de la maîtrise de son destin.
Le Livre défend l’idée que « la souveraineté numérique se construit en actes » : données, capacités de calcul, règles, compétences et langues constituent autant de dimensions dans lesquelles les choix technologiques deviennent des choix de société. Il retrace ainsi le passage du Maroc d’une logique d’usage à une logique de maîtrise, fondée sur ses propres actifs, institutions et écosystèmes.
Cette souveraineté est déclinée autour de quatre dimensions : infrastructures et données, avec le cloud souverain, les centres de données et les capacités de calcul ; confiance et droits, autour de l’Administration X.0, de l’identité numérique et d’une IA sous contrôle ; talents et langues, à travers la formation de la jeunesse et des modèles en arabe, darija et amazigh ; et innovation et partage, autour du réseau JAZARI, de l’open source et du rayonnement arabo-africain.
L’ouvrage inscrit enfin cette trajectoire dans ce qu’il qualifie de « troisième voie marocaine » : une approche « ouverte sans être dépendante, ambitieuse sans être naïve, souveraine sans être isolationniste », et résolument tournée vers 2030.
Ainsi, à travers les infrastructures souveraines, le réseau des Instituts JAZARI, les investissements dans le capital humain, les solutions d’intelligence artificielle développées au service de l’administration et des citoyens, l’inclusion territoriale, les modèles linguistiques nationaux et les partenariats internationaux, la feuille de route « Maroc IA 2030 » dessine une trajectoire visant à faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté, de compétitivité, d’efficacité publique et d’inclusion numérique, tout en renforçant le positionnement du Royaume comme acteur de référence de la transformation numérique en Afrique et dans le monde arabe.



