Un architecte alerte : de graves défaillances de sécurité dans les restaurants et les discothèques au Maroc

L’architecte Ali Guessous, vice-président du Syndicat National des Architectes (SNAP), met en garde contre de sérieuses défaillances structurelles affectant de nombreux restaurants, cafés et établissements de nuit au Maroc, en particulier ceux installés dans des sous-sols d’immeubles. Selon lui, les exigences de sécurité y sont trop souvent reléguées au second plan, alors qu’elles concernent directement la vie des citoyens.
Ali Guessous explique qu’un grand nombre de ces espaces fonctionnent avec des issues de secours insuffisantes ou impraticables, des couloirs et des escaliers ne respectant pas les largeurs minimales réglementaires, ainsi qu’en l’absence de systèmes de détection et d’alarme incendie. À cela s’ajoute l’utilisation fréquente de matériaux inflammables pour la décoration et l’isolation, notamment acoustique, au niveau des plafonds et des parois, sans considération pour leur classement ni pour leur dangerosité en cas d’incendie.
Il rappelle que les cahiers des charges techniques imposent, en principe, l’emploi de matériaux non inflammables (classés M1) et l’adoption de solutions conformes, telles que des systèmes en double plaques associées à de la laine de roche, tout en respectant les normes relatives aux cheminements d’évacuation, au nombre des sorties de secours et à leur capacité. Or, la réalité révèle un écart préoccupant entre les textes et la pratique : des autorisations sont parfois délivrées sans contrôle approfondi, et ne sont pas suivies de visites régulières après l’ouverture pour vérifier le respect effectif des normes.
L’architecte appelle ainsi les responsables communaux et les services de la protection civile à dépasser la logique purement administrative de délivrance des autorisations pour adopter une véritable approche de prévention, fondée sur des inspections périodiques, sérieuses et contraignantes. Il plaide également pour le lancement d’un programme national de mise à niveau de ces établissements, en particulier ceux situés dans les centres urbains comme Casablanca, où ce type d’activités en sous-sol est très répandu.
Ali Guessous adresse par ailleurs un message clair aux architectes et aux maîtres d’ouvrage : la sécurité n’est ni un détail technique ni une charge financière contournable, mais le cœur même de l’acte architectural et une responsabilité professionnelle et éthique. Il insiste sur la nécessité d’imposer, dès la phase d’études, l’intervention d’ingénieurs spécialisés et de bureaux de contrôle, et de refuser toute solution ou tout matériau ne répondant pas strictement aux normes.
Dans ce contexte, il évoque l’incendie dramatique survenu dans la nuit du réveillon à la station de Crans-Montana, en Suisse, qui a coûté la vie à 40 personnes et fait plus de 100 blessés. Les premières informations ont révélé que la gravité du sinistre a été aggravée par l’utilisation de matériaux d’isolation hautement inflammables au plafond du sous-sol, l’absence de systèmes de détection précoce, ainsi que le nombre limité d’issues de secours et la non-conformité des escaliers aux normes.
Il conclut en soulignant que ce qui s’est produit dans un pays réputé pour sa rigueur technique doit constituer une leçon majeure pour le Maroc. Car la différence entre le drame et le salut réside avant tout dans la prévention. « Chaque négligence aujourd’hui peut se transformer demain en catastrophe humaine. La sécurité n’est pas un luxe, mais un droit fondamental qui ne saurait faire l’objet d’aucun compromis. »


